Famille de Carbuccia

Extraits du Guide du chemin de la Sainte du Niolo "Santa di u Niolu"

Praticable du 15 juin fin octobre

jeudi 22 février 2007 par Cyrille

Le Golo prend sa source dans la chaîne montagneuse la plus altière de la Corse, où brillent au faîte de l’Ile (2706 m), les neiges éternelles du Monte Cinto (le mont ceinturé).

Occupant son bassin supérieur, le Niolo (Niolu) est une région grandiose et sauvage.

Au pied du sanctuaire marial de Casamaccioli (Casamacciuli), les eaux du Golo retenues par un barrage, forment la plus vaste étendue d’eau douce de l’île, le lac de la Santa, où se reflète la clarté éblouissante du ciel.

Une petite église de Casamaccioli sert d’écrin à une statue légendaire de la Vierge Marie, Sainte Marie, la Sainte Reine du Ciel, la Santa par excellence, a Santa di u Niolu (la Sainte du Niolo), vénérée depuis des siècles au coeur de la Corse.

De l’est, l’automobiliste y parvient par le défilé de la Scala di Santa Regina (l’Escalier de la Sainte Reine) et de l’ouest, par le col de Vergio (bocca di Verghju).

Le sanctuaire de la Santa se trouve au coeur de la croix que forment les deux principaux chemins de grandes randonnées : du nord au sud, le fameux GR20, a Alta Strada (la Haute Route) qui serpente entre sommets et vallées et ceint l’Ile en écharpe de Calenzana à Conca et, d’est en ouest, le sentier Mare a Mare Nord, qui ceinture l’Ile, d’une mer à l’autre, de Moriani sur la côte orientale à Cargese, la ville grecque, ouverte sur le grand large.

La voie royale, qui conduit à la Santa, suit « le chemin de la mule », l’antique pèlerinage, qui part du village du Fango à 6 kilomètres du golfe de Galeria, grimpe le long de la vallée du Fango pour dévaler vers le Niolo, après avoir franchi les cols de Capronale (1347 m) et de Guagnerola (1887 m).

Une antique tradition rapporte :
Le port dont se servaient les Niolains était traditionnellement celui de Galeria, sur la côte ouest, à l’embouchure du Fango. Du Niolo on descendait par des chemins escarpés, tout le long du Fango. Dans la haute vallée de la rivière se trouvait, le couvent de la Selva, (fondé en 1230), par un fils de saint François d’Assise, le bienheureux François dei Maleficii, franciscain florentin, l’un des apôtres de la Corse (+ 1290).

Au cours du XVe siècle, un navire se trouva en perdition au sein d’une de ces violentes tempêtes qui souffle parfois en Méditerranée. Son capitaine implora le secours de la Sainte Vierge, celle que tous les chrétiens connaissaient sous le nom béni de Stella Maria, l’Etoile de la Mer. Tandis que les flots s’apaisaient, une étoile brillante apparut à la hauteur du couvent de la Selva. Le navire fut sauvé.

En témoignage de reconnaissance, le capitaine offrit aux moines une belle statue de la Vierge. Dès ce jour, le couvent fut connu sous le nom de Santa-Maria-della-Stella.

La tradition rappelle que ce couvent était situé sur l’ancienne voie des bergers transhumants, se rendant des terres basses aux terres hautes, de la piagha à la montagne. Début juin et fin septembre, après avoir passé l’été en famille, dans leur village du Niolo, ils pouvaient parquer chèvres, brebis et vaches dans les enclos des moines et trouver au couvent gîte et couvert. En échange ils offraient en juin, au cours de la muntagnera, le lait de la traite du soir aux frères qui en faisaient du fromage.

Naturellement, la Madone du couvent devint un centre de pèlerinage pour les populations d’alentour. Mais les Barbaresques ravagèrent la région, détruisirent le couvent et les moines s’enfuirent avec la population. La Madone découverte dans les décombres était désormais sans abri.

Les habitants des vallées se disputèrent l’honneur de la recevoir. Pour éviter que la querelle s’envenimât, il fut proposé de laisser la Vierge décider elle-même. On la plaça sur une mule, et la monture prit la direction du Niolo.

Au-delà de Monte Estremu, à travers les cols de Capronale et Guagnerola, la vallée du Niolo offrait un refuge inexpugnable, défendu par ses vigoureux montagnards contre les assaillants venus de la mer.

Tout le monde pensa que la Madone se rendrait au couvent de Calacuccia, quand, à la surprise générale de sa suite, on la vit prendre le raccourci de Casamaccioli et s’arrêter net, sur la grande place du village. C’est là que la Vierge entendait désormais demeurer et que l’on édifia l’église de la Nativité où depuis des siècles elle est vénérée, particulièrement par les pèlerins qui suivent le « chemin de la mule ».

Calacuccia situé face à Casamaccioli est un village aux belles maisons à escalier extérieur. Un christ en bois très expressif orne l’église Saint-Pierre-et-Paul.

Le couvent Saint-François du Niolo est situé à environ 1 km de Calacuccia, dans la direction d’Albertacce. Construit en 1600, il sert aujourd’hui de gîte et abrite un petit musée ethnographique qui rassemble les objets usuels des Niolins du siècle dernier.

Le 25 juin 1774, sur ordre du général français Sionville, désireux de mater l’une des innombrables révoltes du Niolo, onze paysans furent pendus aux châtaigniers du couvent. Le plus jeune avait quinze ans.

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La fête de la Madone della Stella (Madone de l’Etoile), devenus la Santa di u Niolu (la Sainte du Niolo), a lieu le 8 septembre, date de la Nativité de la Vierge.

Précédée d’une neuvaine de prière, la fête est célébrée par une affluence de pèlerins venus des montagnes environnantes et de toute la Corse.

Le matin après la célébration de l’office chanté, qui rassemble une grande foule autour de la petite église illuminée par des centaines de bougies, la Santa suivie des hommes des confréries et des fidèles des cinq paroisses du Niolo (Corsica, Calacuccia, Lozzi, Albetacce et Calasima) est porté solennellement à travers Casamaccioli.

Puis, selon un rite immuable, une procession appelée la granitula, formée de deux colonnes de confrères, s’enroule et se déroule sur la place du village et se termine en forme de croix.

La granitula doit son nom à un escargot de mer. Le coquillage, qui se replie et se déplie dans la spire de sa coquille, symbolise le double mouvement d’involution et d’évolution de la vie. La granitula des confréries de villes et villages de Corse en figurent la glorieuse manifestation l’Incantation et le Salut, ici le 8 septembre, date de la naissance de Sainte Marie en qui prit chair le Sauveur, et là le vendredi saint, à l’accomplissement de la Rédemption par la Croix.

Après quoi, les confrères vont ranger leurs habits, et la foire commence. Des coups de fusil tirés en l’air marquaient autrefois l’ouverture des réjouissances ! Une foule animée circule entre les échoppes, les hommes se retrouvent aux petites buvettes qui jalonnent le parcours. Pendant trois jours, les boutiquiers vont faire des affaires et le public, sans cesse renouvelé, passe là des heures et des nuits mémorables, placées sous le signe du jeu, de l’amitié, des rires et de la poésie.

Accoudés aux différents comptoirs de ces petits bars installés côte à côte avec des moyens de fortune, les hommes, et surtout les bergers, se mettent à chanter ; d’autres écoutent ou se joignent aux chanteurs qui entonnent de vieux couplets traditionnels transmis depuis des siècles. Les voix s’apparient et c’est la fameuse paghjella qui prend forme et s’élève dans la nuit, au milieu du brouhaha.

A la faveur du moment, d’une rencontre, deux poètes entament un chjama è rispondi, joute d’improvisation poétique chantée qui met en jeu la réputation des interlocuteurs, devant une assistance de connaisseurs enthousiastes qui jugent l’habileté de chacun et ponctuent le dialogue versifié d’applaudissements et de rires.

Pendant ce temps, les femmes et les enfants se restaurent et se divertissent de par le champ de foire, qui réserve tant de joies et de rencontres imprévues. Enfin, au terme de ces trois jours d’effervescence, chacun regagne son village et les Casamacciulesi retrouvent le calme, sous ces grands châtaigniers qui ont été témoins de tant de fêtes au cours des âges.

L’importance exceptionnelle de la Fiera della Santa di Niolu, (Foire de la Sainte du Niolo) à Casamaccili tient au rythme de la vie des bergers qui, avant de quitter le Niolo pour faire paître pendant 7 à 8 mois leurs troupeaux sur les terres basses des vallées et plaines du littoral, pouvaient se procurer tous les biens nécessaires, bâtis, fune, colliers, sonnailles, récipients et outils, vêtements, conserves, etc. On y trouvait aussi des ânes et des mules... et richesse ou ruine aux jeux d’argent.

Jean-Luc de Carbuccia


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